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Publié18 Jul 2026
AuteurVolkier Bentinck
Lecture12 min

Migration Shopify : le plan de redirections

Ce qui bloque une migration e-commerce, ce n'est presque jamais le budget. C'est la peur de payer cher pour ressortir moins bien positionné qu'avant. Voici le workflow que nous expliquons à chaque prospect : mapping d'URL, redirections 301, suivi à 90 jours.

Comment mettre en place un tableau de redirections 301 propre pour éviter les pertes SEO

Après plus de 50 migrations signées depuis 2018, et forcément quelques appels d'offres perdus en chemin, nous avons fini par identifier ce qui décide vraiment d'un projet de migration. Ce n'est presque jamais le budget. C'est la crainte de perdre ses positions SEO au moment de la bascule, et d'avoir dépensé une somme importante pour ressortir moins bien référencé qu'avant. Cette peur est parfaitement fondée. C'est aussi pour cela que notre équipe passe autant de temps, en amont des projets, à expliquer le déroulé d'une migration et en particulier celui des redirections.

Alors autant le publier. Une migration Shopify ne fait pas perdre de trafic : c'est un plan de redirections incomplet qui en fait perdre. La nuance déplace tout le travail en amont de la bascule, parce que l'essentiel du SEO d'une migration se joue dans un fichier à deux colonnes, construit avant la mise en ligne, à partir de deux sitemaps. Voici la méthode, de l'extraction des URL jusqu'au suivi à 90 jours.

En bref

  • La cause numéro un de perte de trafic n'est pas une redirection ratée, c'est un sitemap source incomplet : on ne redirige que ce qu'on a inventorié.
  • Le livrable central tient en un fichier CSV à deux colonnes, Redirect from et Redirect to, en slugs, importable directement dans Shopify.
  • La fenêtre de risque réelle court sur les 72 heures qui suivent la bascule, pas sur le jour J.
  • Sur nos projets, le trafic organique revient à son niveau d'avant en 4 à 8 semaines quand le mapping est complet.
  • L'erreur fatale : découvrir les URL oubliées dans la Search Console un mois après, au lieu de les avoir mappées avant.

Pourquoi le trafic chute après une migration

Google n'indexe pas une boutique, il indexe des adresses. Chaque URL de votre ancien site porte un capital accumulé : des positions, des backlinks, un historique de clics. Quand cette adresse cesse de répondre, ce capital ne se déplace pas tout seul vers la nouvelle page équivalente. Il reste attaché à une adresse morte.

Trois mécanismes se déclenchent ensemble. Les anciennes URL renvoient un 404 et Google désindexe les pages concernées. Les backlinks acquis pendant des années pointent vers ces mêmes 404, donc la popularité se perd en route. Et le robot dépense son budget de crawl à revisiter des erreurs au lieu de découvrir vos nouvelles pages.

L'amplitude de la chute ne dépend donc pas de la plateforme quittée. Elle dépend d'une seule variable : la proportion d'URL à trafic réellement redirigées. Une boutique qui redirige 100 % de ses URL utiles ne perd presque rien. Une boutique qui en redirige 60 % perd durablement les 40 % restants, et ce sont rarement les moins bonnes.

Cette page part du principe que la décision est prise. Si elle ne l'est pas encore, commencez par arbitrer entre refonte et migration, puis par le guide correspondant à votre plateforme actuelle dans nos guides de migration vers Shopify.

Étape 1 : cartographier les URL avant la bascule

Le mapping d'URL est le seul livrable qui compte vraiment. C'est un tableau qui associe chaque adresse de l'ancien site à son équivalent sur la nouvelle boutique. Tout le reste en découle. Et il se construit en croisant deux inventaires : celui du site qui part, celui du site qui arrive.

Le sitemap source, notre point de contrôle numéro un

C'est ici que nous nous sommes fait piéger, une fois, et que nous avons changé notre process. Sur une migration, la marque nous a transmis son sitemap. Nous lui avons fait confiance. Nous avons construit un plan de redirections propre, testé, importé. Et nous avons découvert après la mise en ligne que ce sitemap ne contenait qu'une moitié du site réel. La perte SEO a été immédiate.

Nous avons corrigé en quelques jours, mais la frustration reste intacte : nous avions bien fait notre travail sur un périmètre qui était faux dès le départ. Depuis, nous exigeons que le sitemap d'origine soit produit et validé en pré-migration, avant même de commencer le mapping.

Recoupez donc systématiquement le sitemap avec deux autres sources : les pages ayant reçu au moins un clic sur 12 mois dans la Search Console, et un crawl complet de l'ancien domaine. Si le nombre d'URL diverge de plus de 10 %, c'est le sitemap qui est incomplet, pas les autres.

Générer l'inventaire du nouveau site en cinq minutes

L'inventaire de la boutique Shopify est plus simple à produire que la plupart des gens ne le croient, y compris avant le lancement. La nouvelle boutique est encore protégée par un mot de passe, donc invisible et non crawlable. Nous retirons ce mot de passe pendant cinq minutes : sur une fenêtre aussi courte, le risque d'indexation par Google est nul.

  1. Retirer temporairement le mot de passe de la boutique Shopify.
  2. Ouvrir votrenouvelleboutique.com/sitemap.xml pour récupérer le sitemap généré automatiquement.
  3. Coller cette URL dans le convertisseur data.page/xml/csv et télécharger les exports.
  4. Récupérer un CSV par type de page, Shopify segmentant son sitemap par structure d'URL : /pages/, /products/, /collections/, /blogs/.
  5. Remettre le mot de passe.

Vous disposez alors des deux moitiés du puzzle : la liste exhaustive de l'ancien site, et la liste exhaustive du nouveau, découpée par type. Notez que la question de la forme idéale d'une URL Shopify ne se pose pas ici. Elle a été tranchée en amont, au moment de construire l'arborescence, et nous la traitons dans notre guide du SEO Shopify. À ce stade, une seule chose compte : relier l'ancien au nouveau.

Prioriser avant de mapper

Toutes les URL ne se valent pas. Classez-les par trafic organique sur 12 mois, puis par nombre de domaines référents. Les 20 % du haut du tableau portent en général plus de 80 % du capital. Ce sont elles qui exigent une correspondance parfaite, une à une. Le reste peut être traité par motif.

URL source Sessions 12 mois Domaines référents URL cible Shopify Type
/boutique/sacs-cuir 4 210 18 /collections/sacs-en-cuir 1 vers 1
/produit/sac-lila-noir 1 830 3 /products/sac-lila-noir 1 vers 1
/blog/entretenir-le-cuir 960 7 /blogs/journal/entretenir-le-cuir 1 vers 1
/produit/sac-lila-rouge (arrêté) 240 0 /collections/sacs-en-cuir vers le parent
/panier, /mon-compte 0 0 aucune exclu, 410

Étape 2 : construire le fichier de redirections 301

Une à une ou par motif

La règle une à une s'applique dès qu'une page a du trafic, des backlinks, ou une intention de recherche propre. Chaque fiche produit vivante, chaque collection, chaque article de blog qui ressort dans Google mérite sa ligne.

La règle par motif s'applique au reste : les pages de pagination, les variantes obsolètes, les anciennes catégories fusionnées. On les envoie vers le parent thématique le plus proche. Ce qu'on ne fait jamais, c'est envoyer massivement les orphelines vers la page d'accueil. Google traite ces redirections non pertinentes comme des soft 404 et n'en transmet rien.

Le format que Shopify attend

Une fois l'ancien sitemap et les exports du nouveau site en main, la construction du tableau se fait très vite, y compris en la déléguant à un assistant IA à qui vous fournissez les deux listes. La consigne doit être stricte : un fichier CSV avec exactement deux colonnes, Redirect from et Redirect to, ne contenant que les slugs et les handles, jamais le nom de domaine complet.

Le fichier s'importe ensuite dans le back-office, rubrique Contenu, puis Menus, puis Redirections d'URL, bouton Importer. Trois limites à connaître avant de vous lancer :

  • Shopify n'accepte ni expression régulière ni caractère joker. Une ligne égale une URL, ce qui rend l'exhaustivité de l'inventaire d'autant plus critique.
  • Il n'existe pas de fichier .htaccess : l'interface native et l'import CSV sont les seuls leviers.
  • Au-delà de quelques milliers de lignes, l'import natif devient laborieux. Matrixify prend le relais et gère aussi les mises à jour par lot.

Les trois cas particuliers

Produits supprimés du catalogue. Ne les laissez pas en 404. Redirigez vers la collection parente si l'intention reste satisfaite, ou vers le produit de remplacement le plus proche. Réservez le 410 aux pages qui n'ont plus aucun équivalent et aucun trafic.

Collections fusionnées. Plusieurs anciennes catégories vers une seule nouvelle collection : c'est légitime, à condition que la nouvelle page couvre bien les deux intentions. Sinon vous transformez deux positions moyennes en une seule position moyenne.

Paramètres d'URL. Les anciennes URL à filtres, tris ou identifiants de session ne se redirigent pas ligne par ligne. Vérifiez simplement que la version canonique de l'ancienne page, elle, est bien redirigée.

Étape 3 : les pièges techniques qui annulent le travail

Un plan complet peut être neutralisé par six défauts d'exécution. Chacun a un correctif simple.

  • Les chaînes de redirections. Ancienne URL vers URL intermédiaire vers URL finale. Chaque saut dilue le signal et ralentit le crawl. Correctif : aplatir systématiquement vers la destination finale.
  • Les boucles. A renvoie vers B qui renvoie vers A. La page devient inaccessible. Correctif : passer le fichier au crible avant import, une boucle se détecte par simple tri des deux colonnes.
  • Le 302 au lieu du 301. Le 302 signale un déplacement temporaire et ne transmet pas l'autorité de façon durable. Une migration est définitive, donc 301, toujours.
  • Les canonicals orphelines. Des balises canoniques importées de l'ancien site qui pointent encore vers l'ancien domaine. Correctif : audit des canonicals sur un échantillon de 50 pages avant la bascule.
  • Le hreflang cassé. Sur une boutique multilingue, les correspondances entre versions linguistiques doivent être reconstruites en même temps que les redirections, sinon Google sert la mauvaise langue. Shopify Markets gère la génération, encore faut-il que chaque marché soit correctement associé.
  • Le sitemap non mis à jour. Shopify régénère le sien automatiquement, mais l'ancien sitemap peut rester référencé dans la Search Console et continuer à envoyer le robot vers des adresses mortes. Correctif : le supprimer explicitement.

Étape 4 : le jour de la bascule

L'ordre des opérations compte autant que les opérations elles-mêmes. Voici la séquence que nous suivons, dans cet ordre précis.

  1. Importer le fichier de redirections avant de pointer le domaine vers Shopify. Les règles doivent exister au moment où la première requête arrive.
  2. Basculer le DNS et retirer le mot de passe de la boutique.
  3. Vérifier le robots.txt : aucune directive bloquante héritée de la phase de préproduction.
  4. Soumettre le nouveau sitemap dans la Search Console et supprimer l'ancien.
  5. Tester un échantillon de 30 à 50 anciennes URL, en priorité les mieux positionnées, et confirmer que chacune renvoie bien un 301 vers la bonne page.
  6. Vérifier que le suivi analytics enregistre bien les sessions sur le nouveau domaine.

Cette vérification par échantillon prend une heure. C'est la seule fenêtre où une erreur de masse se rattrape sans coût.

Étape 5 : le suivi post-migration sur 90 jours

Une migration réussie se constate en semaines, pas en jours. Le rapport d'indexation de la Search Console devient votre tableau de bord : pages indexées, 404 non prévues, courbe des impressions. Voici les ordres de grandeur que nous observons quand le mapping est complet, et les seuils qui doivent déclencher une intervention.

Période Ce qui se passe Trajectoire normale Signal d'alerte
Semaine 1 Google recrawle et découvre les 301 Sessions organiques en baisse de 10 à 25 % Baisse supérieure à 40 %
Semaines 2 à 4 Transfert de l'autorité vers les nouvelles URL Remontée progressive, 404 en diminution Volume de 404 qui augmente
Semaines 5 à 8 Stabilisation de l'index Retour à 90 ou 100 % du niveau d'avant Plateau sous 70 %
Semaines 9 à 12 Effet des gains techniques de la nouvelle boutique Dépassement du niveau initial Stagnation, à investiguer page par page

Un plateau durable en dessous de 70 % ne signifie presque jamais une pénalité. Il signifie qu'une famille d'URL a été oubliée dans l'inventaire de départ. On revient alors au sitemap source, et on cherche ce qui manquait.

Le faire seul ou le déléguer ?

L'arbitrage tient au volume et à l'enjeu, pas à la complexité technique. En dessous de 200 URL utiles, avec un catalogue stable et une arborescence qui change peu, le mapping se fait à la main en une journée. La méthode décrite ici suffit largement.

Au-delà, avec des catalogues multilingues, des collections filtrées ou un historique de backlinks significatif, chaque point de trafic perdu se chiffre en chiffre d'affaires, et l'accompagnement se rentabilise vite. Pour situer l'investissement, voyez quel budget prévoir pour une migration.

Une fois la bascule sécurisée, le sujet change de nature. Vous ne protégez plus un capital, vous le développez : c'est là qu'un accompagnement SEO Shopify prend le relais.

Questions fréquentes

Combien de trafic perd-on lors d'une migration ?

Cela dépend d'une seule variable : le pourcentage d'URL à trafic effectivement redirigées. Avec un mapping complet, la baisse se limite à 10 ou 25 % la première semaine, puis se résorbe. Avec un inventaire partiel, la perte correspond mécaniquement à la part d'URL oubliées, et elle devient durable.

Combien de temps pour récupérer son référencement ?

Sur nos migrations, le trafic organique retrouve son niveau d'avant en 4 à 8 semaines. Les sites très volumineux mettent plus longtemps, simplement parce que le recrawl complet prend plus de temps.

Faut-il rediriger toutes les anciennes URL ?

Non. Les pages sans trafic, sans backlink et sans intention de recherche (panier, compte client, pages techniques) n'ont pas besoin de redirection. Tout le reste doit être mappé. En cas de doute sur une page, redirigez : une redirection inutile ne coûte rien, une redirection manquante coûte une position.

Redirection 301 ou 302 pour une migration ?

301, sans exception. Le 302 indique un déplacement temporaire et ne transfère pas durablement l'autorité de la page. Une migration de plateforme est par définition définitive.

Comment gérer les 404 après la bascule ?

Ouvrez chaque semaine le rapport d'indexation de la Search Console et traitez les 404 par volume d'impressions décroissant. Chaque 404 avec un historique de trafic révèle une ligne manquante dans le mapping : ajoutez-la et réimportez.

Shopify permet-il les redirections en masse ?

Oui, par import CSV depuis Contenu, Menus, Redirections d'URL. Le fichier ne contient que deux colonnes, Redirect from et Redirect to, en slugs. Shopify n'accepte ni expression régulière ni caractère joker, et pour les très gros volumes Matrixify reste plus confortable que l'import natif.

Faut-il prévenir Google d'une migration ?

Si le nom de domaine change, oui : utilisez l'outil de changement d'adresse de la Search Console. Si le domaine reste identique et que seule la plateforme change, aucune déclaration n'est nécessaire. Soumettez simplement le nouveau sitemap et retirez l'ancien.

Une migration à fort volume d'URL ?

Nous produisons le mapping, le fichier de redirections et le suivi à 90 jours dans le cadre de nos migrations. Si votre catalogue dépasse le millier d'URL ou si votre trafic organique pèse lourd dans votre chiffre d'affaires, parlons de votre projet.

 

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